POEMES SUR L'AMOUR

Page 2 sur 3 Précédent  1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

POEMES: AMOUR

Message par rayane le Dim 11 Avr - 11:35

Rappel du premier message :

L'amour caché (Félix Arvers 1806-1850)


Mon âme a son secret, ma vie a son mystère
Un amour éternel en un moment conçu :
Le mal est sans espoir, aussi j'ai dû le taire,
Et celle qui l'a fait n'en a jamais rien su.

Hélas! j'aurai passé près d'elle inaperçu,
Toujours à ses côtés et pourtant solitaire ;
Et j'aurai jusqu'au bout fait mon temps sur la terre,
N'osant rien demander et n'ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l'ait faite douce et tendre,
Elle suit son chemin, distraite et sans entendre
Ce murmure d'amour élevé sur ses pas.

A l'austère devoir pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d'elle :
" Quelle est donc cette femme ? " Et ne comprendra pas !

(Mes heures perdues)
avatar
rayane

Nombre de messages : 1418
Date d'inscription : 23/09/2008

Revenir en haut Aller en bas


Fester Bryan-Amour nordique

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:34

Amour nordique





Le vent polaire fouette férocement mon corps
Des formations de glace apparaissent au moindre souffle
Ma fourrure me couvre comme un maillot de corps
Il fait moins vingt cinq
Mais au cœur de moi
Rougeoie calmement une veilleuse
Où mes pensées pour toi
Dansent à jamais
Prêtes à s’enflammer passionnellement
Fester Bryan

Titre original : Northern Love
Traduit de l’anglais par Michel Blanc

Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

PIERRE DE RONSARD-Amourette

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:35

Amourette





Or que l’hiver roidit la glace épaisse,
Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse,
Non accroupis près le foyer cendreux,
Mais aux plaisirs des combats amoureux.
Assisons-nous sur cette molle couche.
Sus ! baisez-moi, tendez-moi votre bouche,
Pressez mon col de vos bras dépliés,
Et maintenant votre mère oubliez.
Que de la dent votre tétin je morde,
Que vos cheveux fil à fil je détorde.
Il ne faut point, en si folâtres jeux,
Comme au dimanche arranger ses cheveux.
Approchez donc, tournez-moi votre joue.
Vous rougissez ? il faut que je me joue.
Vous souriez : avez-vous . point ouï
Quelque doux mot qui vous ait réjoui ?
Je vous disais que la main j’allais mettre
Sur votre sein : le voulez-vous permettre ?
Ne fuyez pas sans parler : je vois bien
A vos regards que vous le voulez bien.
Je vous connais en voyant votre mine.
Je jure Amour que vous êtes si fine,
Que pour mourir, de bouche ne diriez
Qu’on vous baisât, bien que le désiriez ;
Car toute fille, encor’ qu’elle ait envie
Du jeu d’aimer, désire être ravie.
Témoin en est Hélène, qui suivit
D’un franc vouloir Pâris, qui la ravit.
Je veux user d’une douce main-forte.
Hà ! vous tombez, vous faites jà la morte.
Hà ! quel plaisir dans le coeur je reçois !
Sans vous baiser, vous moqueriez de moi
En votre lit, quand vous seriez seulette.
Or sus ! c’est fait, ma gentille brunette.
Recommençons afin que nos beaux ans
Soient réchauffés de combats si plaisants.
PIERRE DE RONSARD (1565)
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Pierre de Ronsard-Ange divin

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:36

Ange divin, qui mes plaies embaume





Ange divin, qui mes plaies embaume,
Le truchement et le héraut des dieux,
De quelle porte es-tu coulé des cieux,
Pour soulager les peines de mon âme ?
Toi, quand la nuit par le penser m’enflamme,
Ayant pitié de mon mal soucieux,
Ore en mes bras, ore devant mes yeux,
Tu fais nager l’idole de ma Dame.
Demeure, Songe, arrête encore un peu !
Trompeur, attends que je me sois repu
De ce beau sein dont l’appétit me ronge,
Et de ces flancs qui me font trépasser :
Sinon d’effet, souffre au moins que par songe
Toute une nuit je les puisse embrasser.
Pierre de Ronsard
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Emile Verhaeren -Au clos de notre amour

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:37

Au clos de notre amour, l’été se continue





Au clos de notre amour, l’été se continue :
Un paon d’or, là-bas, traverse une avenue ;
Des pétales pavoisent
- Perles, émeraudes, turquoises -
L’uniforme sommeil des gazons verts
Nos étangs bleus luisent, couverts
Du baiser blanc des nénuphars de neige ;
Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges ;
Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur ;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d’argent vibrent au long des treilles.
L’air est si beau qu’il paraît chatoyant ;
Sous les midis profonds et radiants
On dirait qu’il remue en roses de lumière ;
Tandis qu’au loin, les routes coutumières
Telles de lents gestes qui s’allongent vermeils,
A l’horizon nacré, montent vers le soleil.
Certes, la robe en diamants du bel été
Ne vêt aucun jardin d’aussi pure clarté.
Et c’est la joie unique éclose en nos deux âmes,
Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.
Emile Verhaeren
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Alphonse Allais -Complainte amoureuse

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:37

Complainte amoureuse





Oui dès l’instant que je vous vis
Beauté féroce, vous me plûtes
De l’amour qu’en vos yeux je pris
Sur-le-champ vous vous aperçûtes
Ah ! Fallait-il que vous me plussiez
Qu’ingénument je vous le dise
Qu’avec orgueil vous vous tussiez
Fallait-il que je vous aimasse
Que vous me désespérassiez
Et qu’enfin je m’opiniâtrasse
Et que je vous idolâtrasse
Pour que vous m’assassinassiez
Alphonse Allais (1854-1905)
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Pierre de Ronsa-Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:38

Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie





Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle ! »
Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s’aille réveillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serais sous la terre, et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1587
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Paul Eluard-Dit de la force de l’amour

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:39

Dit de la force de l’amour





Entre tous mes tourments entre la mort et moi
Entre mon désespoir et la raison de vivre
Il y a l’injustice et ce malheur des hommes
Que je ne peux admettre il y a ma colère
Il y a les maquis couleur de sang d’Espagne
Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce
Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir
Pour tous les innocents qui haïssent le mal
La lumière toujours est tout près de s’éteindre
La vie toujours s’apprête à devenir fumier
Mais le printemps renaît qui n’en a pas fini
Un bourgeon sort du noir et la chaleur s’installe
Et la chaleur aura raison des égoïstes
Leurs sens atrophiés n’y résisteront pas
J’entends le feu parler en riant de tiédeur
J’entends un homme dire qu’il n’a pas souffert
Toi qui fus de ma chair la conscience sensible
Toi que j’aime à jamais toi qui m’as inventé
Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure
Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre
Tu rêvais d’être libre et je te continue.
Paul Eluard
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Pierre de Ronsard,Douce Maîtresse

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:40

Douce Maîtresse





Douce Maîtresse, touche,
Pour soulager mon mal,
Ma bouche de ta bouche
Plus rouge que coral ;
Que mon col soit pressé
De ton bras enlacé.
Puis, face dessus face,
Regarde-moi les yeux,
Afin que ton trait passe
En mon coeur soucieux,
Coeur qui ne vit sinon
D’Amour et de ton nom.
Je l’ai vu fier et brave,
Avant que ta beauté
Pour être son esclave
Du sein me l’eût ôté ;
Mais son mal lui plaît bien,
Pourvu qu’il meure tien.
Belle, par qui je donne
A mes yeux, tant d’émoi,
Baise-moi, ma mignonne,
Cent fois rebaise-moi :
Et quoi ? faut-il en vain
Languir dessus ton sein ?
Maîtresse, je n’ai garde
De vouloir t’éveiller.
Heureux quand je regarde
Tes beaux yeux sommeiller,
Heureux quand je les vois
Endormis dessus moi.
Veux-tu que je les baise
Afin de les ouvrir ?
Ha ! tu fais la mauvaise
Pour me faire mourir !
Je meurs entre tes bras,
Et s’il ne t’en chaut pas !
Ha ! ma chère ennemie,
Si tu veux m’apaiser,
Redonne-moi la vie
Par l’esprit d’un baiser.
Ha ! j’en sens la douceur
Couler jusques au coeur.
J’aime la douce rage
D’amour continuel
Quand d’un même courage
Le soin est mutuel.
Heureux sera le jour
Que je mourrai d’amour !
Pierre de Ronsard, Second livre des Amours
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Guy de Maupassant-Fin d’amour

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:41

Fin d’amour





Le gai soleil chauffait les plaines réveillées.
Des caresses flottaient sous les calmes feuillées.
Offrant à tout désir son calice embaumé,
Où scintillait encor la goutte de rosée,
Chaque fleur, par de beaux insectes courtisée,
Laissait boire le suc en sa gorge enfermé.
De larges papillons se reposant sur elles
Les épuisaient avec un battement des ailes,
Et l’on se demandait lequel était vivant,
Car la bête avait l’air d’une fleur animée.
Des appels de tendresse éclataient dans le vent.
Tout, sous la tiède aurore, avait sa bien-aimée !
Et dans la brune rose où se lèvent les jours
On entendait chanter des couples d’alouettes,
Des étalons hennir leurs fringantes amours,
Tandis qu’offrant leurs coeurs avec des pirouettes
Des petits lapins gris sautaient au coin d’un bois.
Une joie amoureuse, épandue et puissante,
Semant par l’horizon sa fièvre grandissante,
Pour troubler tous les coeurs prenait toutes les voix,
Et sous l’abri de la ramure hospitalière
Des arbres, habités par des peuples menus,
Par ces êtres pareils à des grains de poussière,
Des foules d’animaux de nos yeux inconnus,
Pour qui les fins bourgeons sont d’immenses royaumes,
Mêlaient au jour levant leurs tendresses d’atomes.
Deux jeunes gens suivaient un tranquille chemin
Noyé dans les moissons qui couvraient la campagne.
Ils ne s’étreignaient point du bras ou de la main ;
L’homme ne levait pas les yeux sur sa compagne.
Elle dit, s’asseyant au revers d’un talus :
“Allez, j’avais bien vu que vous ne m’aimiez plus.”
Il fit un geste pour répondre : “Est-ce ma faute ?”
puis il s’assit près d’elle. Ils songeaient, côte à côte.
Elle reprit : “Un an ! rien qu’un an ! et voilà
Comment tout cet amour éternel s’envola !
Mon âme vibre encor de tes douces paroles !
J’ai le coeur tout brûlant de tes caresses folles !
Qui donc t’a pu changer du jour au lendemain ?
Tu m’embrassais hier, mon Amour ; et ta main,
Aujourd’hui, semble fuir sitôt qu’elle me touche.
Pourquoi donc n’as-tu plus de baisers sur la bouche ?
Pourquoi ? réponds !” il dit : “Est-ce que je le sais ?”
Elle mit son regard dans le sien pour y lire :
“Tu ne te souviens plus comme tu m’embrassais,
Et comme chaque étreinte était un long délire ?”
Il se leva, roulant entre ses doigts distraits
La mince cigarette, et, d’une voix lassée :
“Non, c’est fini, dit-il, à quoi bon les regrets ?
On ne rappelle pas une chose passée,
Et nous n’y pouvons rien, mon amie !”
A pas lents
Ils partirent, le front penché, les bras ballants.
Elle avait des sanglots qui lui gonflaient la gorge,
Et des larmes venaient luire au bord de ses yeux.
Ils firent s’envoler au milieu d’un champ d’orge
Deux pigeons qui, s’aimant, fuirent d’un vol joyeux.
Autour d’eux, sous leurs pieds, dans l’azur sur leur tête,
L’Amour était partout comme une grande fête.
Longtemps le couple ailé dans le ciel bleu tourna.
Un gars qui s’en allait au travail entonna
Une chanson qui fit accourir, rouge et tendre,
La servante de ferme embusquée à l’attendre.
Ils marchaient sans parler. Il semblait irrité
Et la guettait parfois d’un regard de côté ;
Ils gagnèrent un bois. Sur l’herbe d’une sente,
A travers la verdure encor claire et récente,
Des flaques de soleil tombaient devant leurs pas ;
Ils avançaient dessus et ne les voyaient pas.
Mais elle s’affaissa, haletante et sans force,
Au pied d’un arbre dont elle étreignit l’écorce,
Ne pouvant retenir ses sanglots et ses cris.
Il attendit d’abord, immobile et surpris,
Espérant que bientôt elle serait calmée,
Et sa lèvre lançait des filets de fumée
Qu’il regardait monter, se perdre dans l’air pur.
Puis il frappa du pied, et soudain, le front dur :
“Finissez, je ne veux ni larmes ni querelle.”
“Laissez-moi souffrir seule, allez-vous-en”, dit-elle.
Et relevant sur lui ses yeux noyés de pleurs :
“Oh ! comme j’avais l’âme éperdue et ravie !
Et maintenant elle est si pleine de douleurs !…
Quand on aime, pourquoi n’est-ce pas pour la vie ?
Pourquoi cesser d’aimer ? Moi, je t’aime… Et jamais
Tu ne m’aimeras plus ainsi que tu m’aimais !”
Il dit : “Je n’y peux rien. La vie est ainsi faite.
Chaque joie, ici-bas, est toujours incomplète.
Le bonheur n’a qu’un temps. Je ne t’ai point promis
Que cela durerait jusqu’au bord de la tombe.
Un amour naît, vieillit comme le reste, et tombe.
Et puis, si tu le veux, nous deviendrons amis
Et nous aurons, après cette dure secousse,
L’affection des vieux amants, sereine et douce.”
Et pour la relever il la prit par le bras.
Mais elle sanglota : “Non, tu ne comprends pas.”
Et, se tordant les mains dans une douleur folle,
Elle criait : “Mon Dieu ! mon Dieu !” Lui, sans parole,
La regardait. Il dit : “Tu ne veux pas finir,
Je m’en vais” et partit pour ne plus revenir.
Elle se sentit seule et releva la tête.
Des légions d’oiseaux faisaient une tempête
De cris joyeux. Parfois un rossignol lointain
Jetait un trille aigu dans l’air frais du matin,
Et son souple gosier semblait rouler des perles.
Dans tout le gai feuillage éclataient des chansons :
Le hautbois des linots et le sifflet des merles,
Et le petit refrain alerte des pinsons.
Quelques hardis pierrots, sur l’herbe de la sente,
S’aimaient, le bec ouvert et l’aile frémissante.
Elle sentait partout, sous le bois reverdi,
Courir et palpiter un souffle ardent et tendre ;
Alors, levant les yeux vers le ciel, elle dit :
Amour ! l’homme est trop bas pour jamais te comprendre !”
Guy de Maupassant, Des vers
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Alfred de musset -Fut-il jamais douceur de coeur pareille

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:42

Fut-il jamais douceur de coeur pareille





Fut-il jamais douceur de coeur pareille
À voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l’oreiller ;
Dans son beau sein j’entends son coeur qui veille.
Un songe passe, et s’en vient l’égayer.
Ainsi s’endort une fleur d’églantier,
Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce ; un plus charmant métier
Fut-il jamais ?
Mais le jour vient, et l’Aurore vermeille
Effeuille au vent son bouquet printanier.
Le peigne en main et la perle à l’oreille,
À son miroir Manon court m’oublier.
Hélas ! l’amour sans lendemain ni veille
Fut-il jamais ?
Alfred de musset
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Paul Eluard-Je t’aime

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:42

Je t’aime





Je t’aime pour toutes les femmes
Que je n’ai pas connues
Je t’aime pour tout le temps
Où je n’ai pas vécu
Pour l’odeur du grand large
Et l’odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond
Pour les premières fleurs
Pour les animaux purs
Que l’homme n’effraie pas
Je t’aime pour aimer
Je t’aime pour toutes les femmes
Que je n’aime pas
Qui me reflète sinon toi-même
Je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien
Qu’une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd’hui
Il y a eu toutes ces morts
Que j’ai franchies
Sur de la paille
Je n’ai pas pu percer
Le mur de mon miroir
Il m’a fallu apprendre
Mot par mot la vie
Comme on oublie
Je t’aime pour ta sagesse
Qui n’est pas la mienne
Pour la santé je t’aime
Contre tout ce qui n’est qu’illusion
Pour ce cœur immortel
Que je ne détiens pas
Que tu crois être le doute
Et tu n’es que raison
Tu es le grand soleil
Qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi
Quand je suis sûr de moi
Tu es le grand soleil
Qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi
Quand je suis sûr de moi
Paul Eluard
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Pierre de Ronsard-Je voudrais être Ixion et Tantale

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:43

Je voudrais être Ixion et Tantale





Je voudrais être Ixion et Tantale,
Dessus la roue et dans les eaux là-bas,
Et nu à nu presser entre mes bras
Cette beauté qui les anges égale.
S’ainsi était, toute peine fatale
Me serait douce et ne me chaudrait pas,
Non, d’un vautour fussé-je le repas,
Non, qui le roc remonte et redévale.
Lui tâtonner seulement le tétin.
Echangerait l’obscur de mon destin
Au sort meilleur des princes de l’Asie :
Un demi-dieu me ferait son baiser,
Et flanc à flanc entre ses bras m’aiser,
Un de ces Dieux qui mangent l’Ambrosie.
Pierre de Ronsard
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Louise Ackermann,L’amour et la mort

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:44

L’amour et la mort





(à M. Louis de Ronchaud)
I
Regardez-les passer, ces couples éphémères !
Dans les bras l’un de l’autre enlacés un moment,
Tous, avant de mêler à jamais leurs poussières,
Font le même serment :
Toujours ! Un mot hardi que les cieux qui vieillissent
Avec étonnement entendent prononcer,
Et qu’osent répéter des lèvres qui pâlissent
Et qui vont se glacer.
Vous qui vivez si peu, pourquoi cette promesse
Qu’un élan d’espérance arrache à votre coeur,
Vain défi qu’au néant vous jetez, dans l’ivresse
D’un instant de bonheur ?
Amants, autour de vous une voix inflexible
Crie à tout ce qui naît : “Aime et meurs ici-bas ! ”
La mort est implacable et le ciel insensible ;
Vous n’échapperez pas.
Eh bien ! puisqu’il le faut, sans trouble et sans murmure,
Forts de ce même amour dont vous vous enivrez
Et perdus dans le sein de l’immense Nature,
Aimez donc, et mourez !
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Louise Ackermann,L’amour et la mort

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:45

II
Non, non, tout n’est pas dit, vers la beauté fragile
Quand un charme invincible emporte le désir,
Sous le feu d’un baiser quand notre pauvre argile
A frémi de plaisir.
Notre serment sacré part d’une âme immortelle ;
C’est elle qui s’émeut quand frissonne le corps ;
Nous entendons sa voix et le bruit de son aile
Jusque dans nos transports.
Nous le répétons donc, ce mot qui fait d’envie
Pâlir au firmament les astres radieux,
Ce mot qui joint les coeurs et devient, dès la vie,
Leur lien pour les cieux.
Dans le ravissement d’une éternelle étreinte
Ils passent entraînés, ces couples amoureux,
Et ne s’arrêtent pas pour jeter avec crainte
Un regard autour d’eux.
Ils demeurent sereins quand tout s’écroule et tombe ;
Leur espoir est leur joie et leur appui divin ;
Ils ne trébuchent point lorsque contre une tombe
Leur pied heurte en chemin.
Toi-même, quand tes bois abritent leur délire,
Quand tu couvres de fleurs et d’ombre leurs sentiers,
Nature, toi leur mère, aurais-tu ce sourire
S’ils mouraient tout entiers ?
Sous le voile léger de la beauté mortelle
Trouver l’âme qu’on cherche et qui pour nous éclôt,
Le temps de l’entrevoir, de s’écrier : ” C’est Elle ! ”
Et la perdre aussitôt,
Et la perdre à jamais ! Cette seule pensée
Change en spectre à nos yeux l’image de l’amour.
Quoi ! ces voeux infinis, cette ardeur insensée
Pour un être d’un jour !
Et toi, serais-tu donc à ce point sans entrailles,
Grand Dieu qui dois d’en haut tout entendre et tout voir,
Que tant d’adieux navrants et tant de funérailles
Ne puissent t’émouvoir,
Qu’à cette tombe obscure où tu nous fais descendre
Tu dises : ” Garde-les, leurs cris sont superflus.
Amèrement en vain l’on pleure sur leur cendre ;
Tu ne les rendras plus ! ”
Mais non ! Dieu qu’on dit bon, tu permets qu’on espère ;
Unir pour séparer, ce n’est point ton dessein.
Tout ce qui s’est aimé, fût-ce un jour, sur la terre,
Va s’aimer dans ton sein.
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Louise Ackermann,L’amour et la mort

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:45

III
Eternité de l’homme, illusion ! chimère !
Mensonge de l’amour et de l’orgueil humain !
Il n’a point eu d’hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !
Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos coeurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.
Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires
Seuls au Pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.
Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
” J’aime, et j’espère voir expirer tes flambeaux. ”
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.
Vous croyez que l’amour dont l’âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
“Nous aussi nous aimons !”
Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible :
Que lui font vos bonheurs ?
Elle n’a qu’un désir, la marâtre immortelle,
C’est d’enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l’éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.
Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son voeu s’est accompli.
Quand un souffle d’amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus ;
Quand, pressant sur ce coeur qui va bientôt s’éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L’Infini dans vos bras ;
Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d’ardents essaims,
Ces transports, c’est déjà l’Humanité future
Qui s’agite en vos seins.
Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu’ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un coeur.
Mais d’autres coeurs naîtront qui renoueront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme,
Dans les âges lointains.
Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l’amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle
Et la rend à son tour.
Aveuglés par l’éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours : à votre main mourante
Elle échappe déjà.
Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l’abîme
Votre éblouissement.
Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son oeil éternel considère, impassible,
Le naître et le mourir,
Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu’un mouvement d’amour soit encor votre adieu !
Oui, faites voir combien l’homme est grand lorsqu’il aime,
Et pardonnez à Dieu !
Louise Ackermann, Poésies Philosophiques
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Paul Eluard-L’Amoureuse

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:46

L’Amoureuse





Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s’engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s’évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire.
Paul Eluard
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Ethan Stree-Sans Elle

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:48

Sans Elle





Regarder devant
avoir peur des gens
Souffrir en dedans
être hors du temps
Comment n’avons nous pas senti
alors que tout était parfait
que le peu de notre vie
s’évaporait comme si de rien n’était
Aujourd’hui tout recommencer
réapprendre les gestes et les gens
pour que demain sublimer
me fasse traverser le temps
Ethan Street, 2009
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Gérard de Nerval-Une femme est l’amour

Message par Rita-kazem le Jeu 6 Mai - 20:49

Une femme est l’amour





Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance ;
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le coeur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.
Courbé par le travail ou par la destinée,
L’homme à sa voix s’élève et son front s’éclaircit ;
Toujours impatient dans sa course bornée,
Un sourire le dompte et son coeur s’adoucit.
Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :
Bien longtemps à l’attendre il faut se résigner.
Mais qui n’aimerait pas, dans sa grâce sereine,
La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?
Gérard de Nerval
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Parler d'amour:albert ferland

Message par magda le Sam 8 Mai - 15:21

Ah! si tu comprenais combien j'aime t'entendre,
Toi qui sais t'exprimer avec tant de douceur,
Tu laisserais souvent ta voix suave et tendre
Me délecter l'oreille et m'émouvoir le coeur!

Quand sur ta bouche rose un mot d'amour expire,
Plus doux que des accords sur la lèvre des flots,
Je me sens tressaillir comme sous le zéphyre
La feuille harmonieuse au front des verts bouleaux.

Oh! tandis que la nuit prête une ombre imposante
À l'homme sur la terre, à l'astre dans les cieux,
Parle-moi donc, sans bruit, comme parle une amante,
Le sourire à la bouche et l'âme dans les yeux!

Si tu veux m'enivrer par un bonheur suprême
Et me remplir le coeur d'un ineffable émoi,
Tu n'as qu'à répéter ce mot divin: « Je t'aime, »
Que tu me dis tout bas, en t'inclinant sur moi.

Maintenant que tu sais combien j'aime t'entendre,
Toi qui parles d'amour avec tant de douceur,
Oh! laisse donc encor ta voix suave et tendre
Me délecter l'oreille et m'émouvoir le coeur!
avatar
magda

Nombre de messages : 1244
Date d'inscription : 28/03/2010

Revenir en haut Aller en bas

Amour divinisé: albert ferland

Message par magda le Sam 8 Mai - 15:23

Voici la nuit. Son ombre immense et grandiose
Déploie aux cieux profonds sa grave majesté,
Et, sur le monde obscur qui lourdement repose,
Il semble qu'elle fait rêver l'immensité.

Un souffle solennel, parfumant l'étendue,
Caresse le front pur comme le front terni,
Et, tandis que l'extase est partout répandue,
Une étoile s'allume au seuil de l'infini...

C'est l'heure où l'on dirait que le coeur est plus tendre,
Tendre pour la prière ainsi que pour l'amour,
Où sur la lèvre vierge on se permet de prendre
Quelque chaste baiser désiré tout un jour.

C'est l'heure, oh! l'heure douce, ineffablement douce!
Où l'amante et l'amant s'en vont sous les tilleuls
Pour s'asseoir, tout rêveurs, sur quelque molle mousse,
Et goûter le bonheur de s'entretenir seuls.

C'est l'heure de l'amour aux douceurs infinies.
Nous devons en jouir puisque nous nous aimons,
Nous devons rechercher toutes ses harmonies,
Ses parfums, ses soupirs, ses ombres, ses rayons.

Allons donc tous les deux, ma tendre bien-aimée,
Auprès des flots pensifs, devant les vieux manoirs,
Donner à caresser par la brise embaumée,
Moi, mon front soucieux, toi, tes beaux cheveux noirs.

Allons sous les grands pins aux immenses murmures,
En nous parlant tout bas comme des amoureux,
Pour mêler aux accords de l'onde et des ramures,
Moi, quelques longs soupirs, toi, des mots langoureux.

Et quand nous serons las de marcher dans les herbes,
De fouler le doux sable où l'onde vient pleurer,
D'errer, d'un pas rêveur, devant les monts superbes,
D'ouïr les bois chanter et les vents murmurer;

Quand nous aurons assez le coeur rempli de joie,
Les cheveux parfumés par les brises du soir,
Le regard délecté par l'éther qui flamboie,
Semblant sans cesse ouvrir des yeux d'or pour nous voir,

Mous ploierons les genoux dans l'ombre grandiose,
Et tous deux, pénétrés d'un respect solennel,
Avec tout ce qui rayonne, ou contemple, ou repose,
Sur terre, dans les cieux, nous prierons l'Éternel.
avatar
magda

Nombre de messages : 1244
Date d'inscription : 28/03/2010

Revenir en haut Aller en bas

Victor Hugo = amour

Message par marwa le Dim 6 Fév - 19:12

Amour! "Loi", dit Jésus. "Mystère", dit Platon.
Sait-on quel fil nous lie au firmament? Sait-on
Ce que les mains de Dieu dans l'immensité sèment?
Est-on maître d'aimer? pourquoi deux, êtres s'aiment,
Demande à l'eau qui court, demande à l'air qui fuit,
Au moucheron qui vole à la flamme la nuit,
Au rayon d'or qui veut baiser la grappe mûre!
Demande à ce qui chante, appelle, attend, murmure!
Demande aux nids profonds qu'avril met en émoi
Le coeur éperdu crie: Est-ce que je sais, moi?
Cette femme a passé: je suis fou. C'est l'histoire.
Ses cheveux étaient blonds, sa prunelle était noire;
En plein midi, joyeuse, une fleur au corset,
Illumination du jour, elle passait;
Elle allait, la charmante, et riait, la superbe;
Ses petits pieds semblaient chuchoter avec l'herbe;
Un oiseau bleu volait dans l'air, et me parla;
Et comment voulez-vous que j'échappe à cela?
Est-ce que je sais, moi? c'était au temps des roses;
Les arbres se disaient tout bas de douces choses;
Les ruisseaux l'ont voulu, les fleurs l'ont comploté.
J'aime! -- O Bodin, Vouglans, Delancre! prévôté,
Bailliage, châtelet, grand'chambre, saint-office,
Demandez le secret de ce doux maléfice
Aux vents, au frais printemps chassant l'hiver hagard,
Au philtre qu'un regard boit dans l'autre regard,
Au sourire qui rêve, à la voix qui caresse,
A ce magicien, à cette charmeresse!
Demandez aux sentiers traîtres qui, dans les bois,
Vous font recommencer les mêmes pas cent fois,
A la branche de mai, cette Armide qui guette,
Et fait tourner sur nous en cercle sa baguette!
Demandez à la vie, à la nature, aux cieux,
Au vague enchantement des champs mystérieux!
Exorcisez le pré tentateur, l'antre, l'orme!
Faite, Cujas au poing, un bon procès en forme
Aux sources dont le coeur écoute les sanglots,
Au soupir éternel des forêts et des flots.
Dressez procès-verbal contre les pâquerettes
Qui laissent les bourdons froisser leurs collerettes;
Instrumentez; tonnez. Prouvez que deux amants
Livraient leur âme aux fleurs, aux bois, aux lacs dormants,
Et qu'ils ont fait un pacte avec la lune sombre,
Avec l'illusion, l'espérance aux yeux d'ombre,
Et l'extase chantant des hymnes inconnus,
Et qu'ils allaient tous deux, dès que brillait
Vénus, Sur l'herbe que la brise agite par bouffées,
Danser au bleu sabbat de ces nocturnes fées,
Éperdus, possédés d'un adorable ennui,
Elle n'étant plus elle et lui n'étant plus lui!
Quoi! nous sommes encore aux temps où la Tournelle,
Déclarant la magie impie et criminelle,
Lui dressait un bûcher par arrêt de la cour,
Et le dernier sorcier qu'on brûle, c'est l'Amour!



Juillet 1843
avatar
marwa

Nombre de messages : 445
Date d'inscription : 07/05/2010

Revenir en haut Aller en bas

J'ai tant rêvé de toi - Robert Desnos

Message par Eschyle le Mar 8 Fév - 9:56

Merci à Marwa d'avoir cité Victor Hugo, poète amoureux, poète de l'amour...
Merci à Yassine d'avoir cité Eluard, à Rita-kazem pour son beau florilège, à Magda qui m'a fait découvrir Albert Ferland...
Merci à tous...
Mais comment avez-vous pu oublier Desnos, ô mes amis, compagnes et compagnons de "joie de vie" (grâce soit rendue ici à Aziza d'avoir créé ce lieu virtuel de vertu) ?

Par exemple :

J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère ?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués, en étreignant ton ombre, à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas aux contours de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venus.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.
Robert desnos
avatar
Eschyle

Nombre de messages : 1307
Date d'inscription : 10/08/2010

http://www.eschylle.com

Revenir en haut Aller en bas

Ô douleurs de l'amour - Robert Desnos

Message par Eschyle le Mar 8 Fév - 9:59

O douleurs de l'amour !

Comme vous m'êtes nécessaires et comme vous m'êtes chères.
Mes yeux qui se ferment sur des larmes imaginaires, mes mains qui se tendent sans cesse vers le vide.
J'ai rêvé cette nuit de paysages insensés et d'aventures dangereuses aussi bien du point de vue de la mort que du point de vue de la vie, qui sont aussi le point de vue de l'amour.
Il boit à la santé de l'amour.
Au réveil vous étiez présentes, ô douleurs de l'amour, ô muses du désert, ô muses exigeantes.

Mon rire et ma joie se cristallisent autour de vous. C'est votre fard, c'est votre poudre, c'est votre rouge, c'est votre sac de peau de serpent, c'est vos bas de soie...
... et c'est aussi ce petit pli entre l'oreille et la nuque, à la naissance du cou, c'est votre pantalon de soie et votre fine chemise et votre manteau de fourrure, votre ventre rond c'est mon rire et mes joies vos pieds et tous vos bijoux.

En vérité, comme vous êtes bien vêtue et bien parée.
O douleurs de l'amour, anges exigeants, voilà que je vous imagine à l'image même de mon amour, que je vous confonds avec lui...

O douleurs de l'amour, vous que je crée et habille, vous vous confondez avec mon amour dont je ne connais que les vêtements et aussi les yeux, la voix, le visage, les mains, les cheveux, les dents, les yeux...
avatar
Eschyle

Nombre de messages : 1307
Date d'inscription : 10/08/2010

http://www.eschylle.com

Revenir en haut Aller en bas

Extrait de "The Nught of loveless nights" - Robert Desnos

Message par Eschyle le Mar 8 Fév - 10:02

Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration

Coucher avec elle
Pour l'ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude

Coucher avec elle
Pour l'aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes

Coucher coucher avec elle
Pour l'amour absolu
Pour le vice pour le vice
Pour les baisers de toute espèce

Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prostituer l'un à l'autre
Pour se confondre

Coucher avec elle
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n'a pesé sur l'âme et le corps des amants
Le mensonge d'une tache originelle
avatar
Eschyle

Nombre de messages : 1307
Date d'inscription : 10/08/2010

http://www.eschylle.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: POEMES SUR L'AMOUR

Message par Rita-kazem le Mar 8 Fév - 10:30

Merci Eschyle
Notre jardin, n'est jamais complet sans le partage de vous tous, chacun apporte sa graine qu'il sème sur nos pages pour notre plaisir à tous
bonne journée et merci pour les poèmes que tu nous fait redécouvrir
avatar
Rita-kazem

Nombre de messages : 4248
Date d'inscription : 18/02/2010

Revenir en haut Aller en bas

Mon Amour, parle-moi - Robert Desnos

Message par Eschyle le Mar 8 Fév - 10:46

Merci, Rita-kazem.

Mon amour, parle-moi

Quand tu m’aimes, qu’à tes étreintes
Je m’abandonne avec émoi
Pour calmer mes tourments mes craintes
Mon amour parle-moi.
Il faut peupler les nuits hostiles
Avec les cris de nos émois
Il faut charmer les nuits tranquilles
Mon amour parle-moi

Dans la nuit vouée aux mauvais sorts
Des fantômes jettent l’effroi
Et toi si tu n’es un mort
Mon amour parle-moi

Si tu m’aimes il faut le dire
Il faut me prouver tes émois
Il faut me prouver ton délire
Mon amour parle-moi

Même si tu dis des mensonges
si tu simules ton émoi
Pour que le songe se prolonge
Mon amour parle-moi.
avatar
Eschyle

Nombre de messages : 1307
Date d'inscription : 10/08/2010

http://www.eschylle.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: POEMES SUR L'AMOUR

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 3 Précédent  1, 2, 3  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum